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Francopolis: Etude comparative de la version synchronisée d’ « Astérix et Obélix Mission Cléopâtre » avec son original.
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Etude comparative de la version synchronisée d’ « Astérix et Obélix Mission Cléopâtre » avec son original.
David BLIN
Brièvement: La réussite d’un film destiné à être exporté est en très grande partie dépendant de la qualité de sa synchronisation ou de son sous-titrage
Cours: Sans restriction -:|:- Thème: Langues&Linguistique, -:|:- Catégorie: Analyse

Etude comparative de la version synchronisée d’ « Astérix et Obélix Mission Cléopâtre » avec son original.

 

 

 

 

 

 

Devoir de lexicographie

M. François

 


 Etude comparative de la version synchronisée

d’ « Astérix et Obélix Mission Cléopâtre » avec son original. 

  

 


Blin David

Maîtrise LLCE Allemand

Université de Caen

ERASMUS

Ludwig Maximilian Universität München

Année: 2002/2003

Introduction

La réussite d’un film destiné à être exporté est en très grande partie dépendant de la qualité de sa synchronisation ou de son sous-titrage, en particulier si celui-ci s’appuie plus sur le scénario que sur les effets visuels. La synchronisation d’un film a plus d’exigences que la traduction d’une œuvre littéraire. La traduction des idiomes et des références au quotidien d’une communauté sont des difficultés que les deux disciplines ont en communs. La durée et l’articulation des répliques ou phrases sont des difficultés moins présentes voir même inexistantes dans une traduction littéraire. La « taille »  de la traduction (en terme de quantité de mots) d’un livre est déterminée par le traducteur. Dans une œuvre visuelle, la durée de la réplique impartie à un personnage est souvent limitée à son temps de passage dans le champ de la caméra. Des répliques trop longues amèneraient à des chevauchements ou à un décalage du son et de l’image. A l’inverse, des répliques trop courtes laisseraient des intervalles de silence trop importants. L’articulation d’une réplique est une donnée inexistante dans la traduction d’un œuvre littéraire. Elle n’est pas toujours prise en compte, tant elle accroît la difficulté de la synchronisation. On s’aperçoit souvent des incohérences entre les mouvements de la bouche des acteurs français et la transcription phonétique allemande. Un phonème ouvert tel que le [ε] de « père » ne peut être articulé dans une bouche en train de produire le son [Ø] de « peu ». Une synchronisation parfaite ferait correspondre la gestuelle labiale française et les sonorités de la traduction allemande. Un traducteur de film scrupuleux tentera d’harmoniser l’ensemble mais sera souvent amené à faire des concessions. Dans le film « Astérix & Obélix Mission Cléopâtre », les références, les idiomes et les jeux de mots ont été les principaux moyens du scénariste Alain Chabat pour donner à cette comédie toute sa dimension humoristique. Bien que l’humour passe aussi par l’image, on constatera que le script en est la source principale.

Je me concentrerai dans ce travail sur la retranscription de l’aspect humoristique du film et retracerai certains cas de traduction litigieux. Je tenterai de mettre en relief le travail d’adaptation que la  synchronisation a imposé pour ce film.

Avant de présenter ce travail, et pour mieux le comprendre, voici  un court résumé du film :

En l’an 52 av. JC, Cléopâtre, reine d’Egypte, fait jurer à César de reconnaître le peuple égyptien comme le plus grand de tous les peuples si elle parvient à lui construire le plus luxueux des palais dans un délai de trois mois. Pour ce travail, elle fait appel à l’architecte Numérobis, déjà occupé sur le chantier de Malococcys, plutôt qu’à l’architecte royal Amonbofils. Elle lui promet de le jeter aux crocodiles s’il ne respecte pas le délai ou de le couvrir d’or dans le cas contraire. En faisant cela, Cléopâtre a provoqué chez Amonbofils une haine terrible contre Numérobis. Il tentera par tous les moyens de faire perdre son pari à Cléopâtre et ainsi de tuer Numérobis. Mais celui-ci se rend bien compte qu’il est impossible de respecter le délai. Il décide donc d’appeler un ami de son père à l’aide, le druide gaulois Panoramix, seule personne connaissant la recette d’une potion qui donne une force surnaturelle qui lui permettrait de terminer les travaux dans les temps. Panoramix va donc en Egypte, accompagné de deux guerriers, Astérix et Obélix et de leur chien Idéfix. César est bien décidé à ne pas perdre la face devant Cléopâtre et met tout en œuvre pour que le chantier soit bloqué.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table des matières

 

 


I.                      La version allemande  conserve toutes les informations du texte source

II.                   La version allemande reformule et germanise le texte source

III.                  La version allemande fait l’impasse sur des informations du texte source ou de l’image, ou elle   n’en rend pas l’effet

IV.                 La version allemande ajoutes des informations au texte source

V.                   Cas où la synchronisation allemande ne semble pas appropriée

 

 

                                                                         

 

I.                La version allemande  conserve toutes les informations du texte source

On a dans presque tous les cas une traduction littérale.

 

ٱ Il est bourré de talents.

Er hat viele Talente.

La traduction permet de conserver le jeu de mots avec « talent » car en allemand, « das Talent <-[e]s ;-e > » a les mêmes significations que « le talent ». Le sens premier est la monnaie antique grecque. C’est également une disposition naturelle pour réussir quelque chose.

 

ٱ-Je suis, mon cher ami, très heureux de te voir.

   -C’est un alexandrin.

 

        _      U       _       U   _       U             _       U      _          U     _      U

-Ich / bin, / mein / lie/ber / Freund, / sehr / glü/cklich / Dich / zu / sehen.

    -Das ist ein Alexandriner.

 

(U = syllabe accentuée, _ =  syllabe non-accentuée)

Cette traduction est particulièrement adroite dans le sens où le texte cible contient toutes les informations du texte source malgré une traduction littérale, souvent peu adaptée. Il s’agit de la scène où Numérobis, qui vient d’Alexandrie, rencontre Panoramix, druide du village gaulois et grand ami de son père Toumehéris. La première réplique est de Numérobis à Panoramix.

Elle se compose de douze syllabes et se nomme, dans la versification, un alexandrin, ce qui est aussi le nom de l’habitant d’Alexandrie, d’où le jeu de mots avec la deuxième réplique de Panoramix à l’attention d’Astérix et Obélix. En allemand, l’alexandrin (lyrique) et l’homme d’Alexandrie se traduisent tous deux par «der Alexandriner ».L’alexandrin allemand se compose de 6 iambes, un iambe étant composé d’une syllabe inaccentuée (die Senkung « _ ») et d’une accentué (die Hebung « U »). Il peut avoir de 12 à 13 syllabes. En allemand, la réplique de Numérobis a exactement cette construction. On a ici une traduction très fidèle au texte source.

 

ٱ[…]c’est un roc, c’est un cap, que dis-je c’est un cap, c’est une péninsule !

►[...] sie ist ein Fels, ein richtiges Kap, was sag'  ich, mehr als Kap, das ist eine Halbinsel!

Obélix (Gérard Depardieu) vient de casser le nez du sphinx. Il propose alors de le recoller. Astérix lui demande comment il compte coller un nez aussi énorme. Obélix acquiesce et ajoute cette réplique qui est tirée de la tirade de Cyrano de Bergerac. La réplique du livre d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac est la suivante :

Descriptif : « C'est un roc ! ...c'est un pic ! ... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... C'est une péninsule ! »

La traduction allemande colle au texte français, qui a d’ailleurs amputé la réplique de « pic »… L’humour a été conservé. Cela repose sur le fait que la version de Cyrano avec Gérard Depardieu est connue en Allemagne. L’introduction d’un texte très connu du 19e siècle dans un film se passant en l’an 50 av. JC  crée un anachronisme. La pointe est que l’acteur qui a fait une des meilleures interprétations de Cyrano, reprend son ancien dialogue mais dans un film où il incarne un personnage très différent. Ce genre d’allusion crée une intimité entre l’acteur et le spectateur. La réplique sort le spectateur du contexte et l’amène dans les « coulisses » du film. Tout l’humour se base sur ce brusque changement de point de vue.

La traduction allemande ne donne pour « péninsule » que le mot « die Halbinsel<-,-n> », qui mot à mot se traduit par « demi-île ». L’allemand écrit ne fait pas de différence entre péninsule et presqu’île.

 

ٱ J’ai venu, j’ai vu, j’ai vaincu.

Ich habe gekommen, ich habe gesehen, ich habe gesiegt.

L’aspect humoristique s’appuie en grande partie sur le jeu des acteurs. Professionnellement, la plupart d’entre eux sont des comiques à textes avant d’être acteurs dans de grandes productions. César, joué par Alain Chabat est représenté comme quelqu’un de très attaché aux apparences et ridiculement fier de sa gloire. Il utilise souvent et avec maladresse expressions et proverbes. Il reprend ici une expression (inhérente à Jules César) : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu ». Dans le film, il utilise l’auxiliaire avoir pour conjuguer le verbe venir au passé composé. Si cette anaphore rythme l’expression, elle n’en est pas moins une faute grammaticale ce qui vient accentuer l’aspect grotesque du personnage. La traduction allemande offre aussi ces nuances. L’action sur l’auxiliaire est la même. Le traducteur a  tout de même dû transformer toute l’expression initialement écrite au prétérit qui se forme sans l’emploie de l’auxiliaire en une expression au participe passé. L’expression originelle « ich kam, sah, siegte » devient « Ich bin gekommen, ich habe gesehen, ich habe gesiegt » puis « Ich habe gekommen, ich habe gesehen ich habe gesiegt ».

 

ٱEt Cléopâtre, comment ça n’avance pas les travaux?

Wie gehen die Arbeiten nicht voran?

Cette question est posée par César à son centurion Caïuscéplus, chargé de saboter le chantier de Numérobis. La combinaison d’une interrogative avec une forme affirmative négative « ça n’avance pas » crée un décalage syntaxique. Il donne la réponse en posant la question. La version allemande repend cette affirmative avec « etwas geht (nicht) voran » et reproduit entièrement l’effet comique.

 

ٱ[…], au grain près.

[...] um Kornes Breite. 

Un sablier devant servir de compte à rebours a été retourné au moment où Cléopâtre a fait sa commande. Les travaux furent terminés au moment où le dernier grain s’écoula. Cette réplique

vient du narrateur. On connaît l’expression « il s’en faut/s’en ai fallu d’un cheveu (que Prop. sub.) » qui signifie qu’une chose a failli arriver. La traduction idiomatique de cette expression est « um ein Haar (ugs.)». On a dans les deux cas l’allusion au cheveu et à sa finesse.  L’expression a été modifiée pour pouvoir coïncider avec le gros plan de la caméra sur le dernier grain qui tombe.  La version française la reformule avec « au grain près » qui se traduit mot à mot par « à un cheveu ». Implicitement, « à la taille d’un grain de sable près ». La traduction littérale en serait « um ein Korn » mais la notion de taille n’est alors pas assez accentuée. La réplique a donc été complétée avec « die Breite<-,-n> : « um Kornes Breite ».

 

ٱ Il faut rendre à vous-même ce qui appartient à vous-même.

Gebt euch selbst, was euch selbst gebührt.

C’est la réplique de  Caïuscéplus à César. On connaît la citation biblique « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Dans le film, la réplique est au style directe et puisqu’elle est adressée à César en personne, l’expression a dû être modifiée en remplaçant César par « vous-même ». La réplique allemande est construite de la même façon et a subit la même transformation. Historiquement, la citation (Matthieu 22, 15-22) est une réponse du Christ aux Pharisiens qui lui ont demandé s’ils devaient payer l’impôt à l’empire romain et l’obliger ainsi à prendre parti pour ou contre Rome. La version allemande conserve la notion de taxe avec « gebühren » très proche de « die Gebühr<-,-en> » qui signifie la taxe, la redevance. La traduction française utilise le verbe « appartenir », qui n’offre pas la même interprétation. 

 

ٱ[…]cette papyrasse administrative.

[…]Papyruskram.

« cette papyrasse » signifie « cette paperasse » (ensemble de papiers sans intérêt ou encombrants). On a là une modification de l’orthographe, qui permet de faire une allusion au papyrus, ancien support d’écriture égyptien. Le mot « la paperasse » se traduit littéralement par « der Papierkram<-s,-> ». Le mot allemand a subit la même modification (Papyruskram). Papyrus se disant en allemand « der Papyrus<-,-ri>», toutes les nuances ont été conservées.

 

ٱ Malococcys

Steibbeinwehis

Chaque partie du nom français est traduite : « das Steibbein » pour le coccyx, et l’adjectif « weh » pour le mal. L’ajout du suffixe [is] permet de reconnaître les noms égyptiens dans le film.

 

 

II.              La version allemande reformule et germanise le texte source

 

ٱ -[…] des gens très haut placés, qui peuvent vous faire de très graves ennuis, des gens de          hauts rangs ! 

   -Ca serait mieux s’ils étaient d’Alexandrie. 

►-[...] Leute von hohem Rang!

   -Hoffentlich keine Orang-Utans.

Lors d’une situation conflictuelle, Malococcys, client de l’architecte Numérobis, est furieux du retard que ce dernier a pris dans les travaux de sa maison. Il le menace de lui attirer des ennuis par l’intermédiaire d’amis puissants. L’aspect humoristique réside dans le fait que « haut rang » et Hauran sont des homophones. Numérobis dit avec ironie qu’il serait plus pratique pour Malococcys que ses amis de haut rang soient d’Alexandrie plutôt que de Hauran, sachant que Hauran est une plaine du sud-ouest de la Syrie et que la scène a lieu en Egypte.  En allemand, cette homophonie n’existe pas. Le personnage de Numérobis riant à ce moment, il a fallu trouver un autre jeu de mots qui s’adapte à la durée de la réplique et qui justifie ce rire. L’aspect spatial (d’Alexandrie à Hauran) a été conservé. L’image de l’orang-outan se trouvant en hauteur dans un arbre explique le lien entre « hohem Rang »et « Orang-Utans ». L’homophonie a  été plus ou moins reproduite entre « hohem Rang » et « Orang ». La traduction a gardé la finesse du texte d’origine.

 

ٱ Et le mec il lui dit :  « C’est le phare à On » c’est le pharaon comme le chef de nous. (On   est un nom propre)

Und das Volk sagt:-„das ist derPfarrer“.

                                  -„OOOOOOH“.

    Der Kerl ist der Pharao, wie der Chef von uns.

Il s’agit ici de Numérobis qui raconte une blague à une courtisane. On a ici un cas littéralement intraduisible. La force du traducteur a été de recréer un jeu de mots avec des sonorités très semblables à celles de la version française.  Les écritures phonétiques de « phare à On » et de « pharaon » sont identiques :[faraõ]. La version allemande offre un jeu de mots presque aussi fin. « Der Pfarrer<-s,-> » s’écrit phonétiquement [de:τ pfarτ]. La combinaison « Pfarrer » et « Ooooooh » forme [pfarτo]. Le « r » final de Pfarrer étant vocalisé, on entend donc [pfaro]. « Der Pharao<-s,-en> » se dit également « der Pharo » qui s’écrit phonétiquement [fa:ro] . Les écritures phonétiques ne sont pas identiques mais très proches, ce qui permet de reproduire le jeu de mots.

 

ٱ Itinéris a raison de ne pas se laisser faire.

Vodafonis hat Recht, wir müssen die Leitung frei halten.

Sur le chantier du palais, les ouvriers entament une grève. La représentante des grévistes se nomme Itinéris. Elle se plaint, entre autre, des coups de fouet. Numérobis rétorque que sans coup de fouets, le travail ira moins vite. Panoramix, présent dans cette scène, soutient Itinéris. Cette réplique est la sienne. Elle comporte deux allusions à la télécommunication dont une à travers un jeu de mots. Itinéris est un des opérateurs français de la téléphonie mobile. Le choix de ce nom n’est pas innocent puisque Itinéris dans le film, est celle qui doit établir le dialogue entre Numérobis, architecte du chantier, et les ouvriers.  La deuxième allusion est dans le jeu de mots créé par « laisser faire ». Phonétiquement, ces deux mots s’écrivent [lεse fεR]. Le spectateur doit décomposer les différents phonèmes pour comprendre la blague :[l εs ef εR], ce qui se retranscrit  à peu près avec les lettres « l »,  « s », « f » et « r » de notre alphabet. C’est ici qu’est la deuxième allusion. Les lettres S, F, R sont le sigle d’un autre opérateur téléphonique. Si la version allemande a gardé le chant lexical de la télécommunication avec « Vodafonis » qui est un opérateur allemand, et « die Leitung frei halten » qui appartient au jargon téléphonique, elle n’a pas pu conserver le jeu de mots avec SFR. Elle joue sur un double sens pas très heureux. « Die Leitung frei halten » peut se traduire par « ne pas occuper la ligne » dans le jargon téléphonique ou bien par « être ouvert à la conversation », « avoir une bonne relation avec qn ». L’idée de connexion dans « Leitung » fait penser à l’expression « einen guten Draht zu jmdm haben ». Les deux sens passent bien avec le contexte. Malgré un bon travail d’adaptation, la finesse du jeu de mots français n’a pas pu être conservée.

 

ٱ Je suis à fond c’est une deux chevaux, je ne peux pas aller plus vite.

Das ist eine lahme Ente, das geht  nicht schneller.

Deux romains poursuivent Astérix. Ils sont dans un char tiré par deux chevaux. Ils ne vont pas assez vite pour le rattraper. L’aspect humoristique est créé par le jeu de mots « une deux chevaux ». La deux chevaux est un modèle de voiture de chez Citroën (la 2 CV) d’où le lien avec les chevaux qui tirent le char. Elle est très connue en Allemagne et dispose d’un pseudonyme allemand « die Ente<-,-n> » (le canard). Cette traduction se trouve dans les dictionnaires bilingues. L’adjectif « lahm » qui signifie initialement « paralysé » a ici le sens de « mollasson » ou « qui se traîne ».

 

ٱ Souquez les artimuses.

► Gib den Waffen Auslauf.

C’est la réplique de la fille de Barbe Rousse. Elle fait aussi parti de l ‘équipage du drakkar. Les pirates se préparent à aborder le bateau de Numérobis. Elle s’adresse alors aux matelots. Cette phrase fait allusion au jargon maritime souvent incompréhensible. Plus qu’incompréhensible, elle est dénuée de sens. « artimuse » ne se trouve pas dans les dictionnaires unilingues français et « souquer » n’est pas un verbe transitif, il ne peut donc pas être combiné de cette façon. La version allemande utilise aussi une phrase absurde et conserve l’effet du texte source. « den Waffen Auslauf geben » est une formulation incorrecte. On dit par exemple « ein Pferd in den Auslauf bringen », ce qui signifie « donner de l’espace à un cheval pour qu’il puisse se défouler, s’ébattre ». Les dictionnaires unilingues précisent que « etw. in den Auslauf bringen » s’applique par exemple aux enfants ou à un chien, un cheval, quelqu’un chose qui peut ressentir le besoin de se déplacer librement. L’utilisation de « der Auslauf » avec « die Waffe » n’est pas possible.

 

ٱ la violence du moine n’a jamais fait l’habit du moine

Gewalt war niemals Sache der Baumeister

Cette réplique est celle de Numérobis à Pyradonis. Les deux architectes se battent. Ces expressions sont des abus de langage. Deux proverbes ont été fusionnés pour en créer un nouveau : « L’habit ne fait pas le moine » (Der Schein trügt) qui signifie « ne pas falloir juger uniquement par l’extérieur », et « la violence est la réponse des faibles ». L’air sérieux des acteurs combiné aux fautes de français rend la scène grotesque. La version allemande ne semble utiliser que certains mots clef comme « Gewalt » sans reprendre la syntaxe du proverbe du film. De nombreuses expressions font référence à la violence mais elles ont une construction très différente de la réplique : « Bei grober Gewalt ist grober Narrheit. », « Dem Willigen geschieht keine Gewalt »… . Numérobis ne désirant pas se battre, la réplique a ici un sens : « la violence n’a jamais été l’affaire de l’architecte ». L’adaptation est concluante.

 

ٱ Peut importe leur nom.

Namen sind Schall und Rauch.

La traduction allemande est une expression figée très connue à travers l’œuvre de Goethe, Faust I : « Gefühl ist alles, Name sind Schall und Rauch. » . « der Schall<-s,-e oder ë> » signifie « le bruit ». « der Rauch<-[e]s> veut dire « la fumée ». Combinés dans cette expression, ils signifient alors « sans importance », « dénué de sens ». L’image porte certainement sur le fait que le bruit et la fumée sont des choses inconsistantes.

 

ٱ Fais le beau.

Mach Menschen.

L’expression française décrit métaphoriquement le fait qu’un chien se dresse sur ses pattes arrières. « faire le beau » est aussi applicable à un humain qui cherche à plaire. L’idée de beau est sûrement la même pour le chien, qui, en se dressant sur ses pattes arrières, prend une position haute et droite semblable à celle d’un homme qui voudrait parader. La traduction allemande est moins imagée. Elle fait simplement référence au fait que l’homme se tient sur ses deux jambes et que le chien en imite la position.

 

ٱ Chacun chez soi et les hippopotames seront bien gardés

Spinne bleibe in deinem Netz und am Nil herrscht Ruhe. 

Amonbofils lève les ouvriers contre Numérobis. Il leur explique qu’ils n’ont pas à souffrir pour construire un palais à César. Cette réplique fait allusion au dicton : « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées. ». Le mot vache a été remplacé par hippopotames pour garder le champ lexical de l’Egypte. On peut interpréter ce dicton ainsi : « Chacun doit s’occuper de ses affaires si l’on veut que la vie soit harmonieuse. » . A cette époque, César colonise de nombreux pays. Sa venue en Egypte n’est pas forcement vue d’un bon œil. Amonbofils l’invite certainement à rester à Rome.  La réplique allemande signifie : « Araignée reste dans ta toile et que la paix règne le long du Nil. ». N’ayant pas trouvé de proverbe allemand qui  y ressemble, j’en déduit qu’il faut interpréter cette phrase. « das Netz » (la toile) est probablement une image pour l’empire romain qui s‘étend comme une toile. « Die Spinne »(l’araignée) est considérée comme un animal nuisible, qui pique et empoisonne ce qui semble faire allusion à l’influence de la culture romaine dans les pays colonisés. L’araignée est certainement une image pour décrire Jules César. « […]am Nil herrscht Ruhe » est une métonymie utiliser pour désigner l’Egypte. Cela signifie donc que si César reste à Rome, l’Egypte restera en paix. La traduction retranscrit bien l’idée du texte source, même si elle en est très différente dans la forme.   

 

ٱ[…]une folie pour la bouche.

[...]eine wahre Gaumenfreude.

La métaphore « une folie pour la bouche » décrit une délicatesse culinaire, un repas particulièrement fin qui ravis le palais. L’expression française a une terminologie moins précise que dans la version allemande. « die Gaumenfreude » se traduit par « une joie pour le palais ». La zone concernée est alors plus localisée. On a en français une expression très semblable qui fait aussi référence au palais : « un fin palais » qui veut dire « un gourmet ». Le gourmet se traduit en allemand par « der Feinschmecker<-s,->. On peut constater que les mots relatifs aux plaisirs culinaires se construisent souvent sur la base du champ sémantique de la bouche, aussi bien en français qu’en allemand.  

 

ٱ Je suis dans ses petits papyrus.

Ich habe bei Cleopatra ein Stein im Brett.

L’expression française officielle est « être dans les petits papiers de qqn » (familier), ce qui signifie « jouir de la considération, de la faveur de qqn ».  Par « les petits papiers », on peut comprendre les papiers personnels, les courriers des personnes pour lesquelles on a une attention particulière. La traduction allemande a une expression figée équivalente. L’image est très différente. « bei jmdm. einen Stein im Brett haben » se traduit littéralement par « avoir une pierre dans la planche de quelqu’un ». On doit cependant la traduire ainsi : « avoir un pion bien placé dans le camp adverse ». Cette métaphore fait référence à des  jeux de sociétés comme les dames ou les échecs. Le fait d’avoir bien placé un pion dans l’autre camp oblige l’adversaire à le  considérer avec une attention particulière. Par extension, on voit que les deux expressions ont la même signification. D’autres expressions allemandes ont le même sens : « bei jmdm. Eine grobe/gute Nummer haben », « bei jmdm. gut angeschrieben sein » (toutes deux familières).

 

 

ٱ  -THX ?

     -Panoramix.

     -Panoramix, je savais que ça sonnait large.

► -Spaghettix?

      -Mirakulix.

      -Mirakulix, ja es klang irgendwie nach Nudeln. 

 

Le centurion Caïuscéplus est avec César. Il cherche le nom du druide gaulois et propose alors « THX ».  César lui propose à son tour « Panoramix » et la, Caïuscéplus acquiesce. THX est un système d’optimisation de la qualité d’un film en format cinémascope, une sorte de garantie de qualité pour les projections sur grand écran. L’idée de « grandeur » dans le terme THX est aussi présente dans le nom de Panoramix (panorama, vue panoramique) ce qui explique la confusion du centurion. C’est son raisonnement qui crée le comique. Dans la version allemande, Mirakulix (nom de Panoramix en allemand) n’a plus l’idée de grandeur(en terme de longueur). Cette notion devait pourtant être présente dans la version allemande car Caïuscéplus, en disant « Panoramix, je savais que ça sonnait large », fait un mouvement des mains pour signaler quelque chose de grand. « THX » a donc été traduit par « Spaghettix », qui est une allusion aux pâtes alimentaires longues et fines. César réplique « Mirakulix ?». Il s’avère que Mirakulix est le nom d’une marque de pâtes alimentaires très connue en Allemagne, une marque de spaghettis. Cela permet de conserver le raisonnement du centurion et d’adapter le texte à l’image, le geste faisant alors référence à la taille des spaghettis. L’adaptation est excellente.     

 

ٱ Toumehéris

Sonärgernis

« Toumehéris » est un nom propre. Une fois décomposé, cela signifie « tout me hérisse ». « hérisser » signifie également « irriter », « exaspérer ». La version allemande n’a pas gardé la sonorité mais est restée proche du sens. « Sonärgernis » se lit « so ein Ärgernis“ qui veut dire « quel scandale ». Les deux noms gardent une connotation négative, dans le champ sémantique du problème et de l’énervement.

 

ٱ SFX

Essenfix

SFX est le nom d’un personnage et aussi un système de compilation audio. L’intérêt de la traduction n’est pas dans le sens des mots mais dans leur prononciation. Pour garder les mêmes sonorités et faire coïncider les sons avec les mouvements de bouche, le traducteur a inventé un nom phonétiquement très proche de SFX. Essenfix signifie « Repas rapide » et s’écrit phonétiquement [εsnfiks] . SFX s’écrit [εs] [εf] [iks]. Les prononciations sont pratiquement identiques.

 

ٱ –[…]quelqu’un qui se glisse partout.

    -Carte à puce.

-[…] jemand der unbemerkt seine Dienste verrichtet.

- Mataharis. 

 

César demande à son centurion de trouver quelqu’un pour aller espionner sur le chantier de Numérobis. Il veut quelqu’un qui  « se glisse partout ». « se glisser qq. part » a ici le sens de « s’infiltrer ». La personne que le centurion lui propose se nomme Carte à puce. On glisse aussi une carte à puce dans un distributeur de billets par exemple, d’où le jeu de mots entre les deux répliques. Dans la version allemande, César veut quelqu’un qui exécute ses ordres sans se faire remarquer. Le jeu de mots avec la carte à puce disparaît. Pour combler cela, le traducteur propose, à travers la réplique du centurion, une personne dont le profil correspond à la requête de César : « Mataharis ». Il s’agit en fait de Margaretha Geertruida Zelle dite Mata Hari, une danseuse et aventurière néerlandaise née à la fin du 19e siècle qui fut accusée d’espionnage pour le compte de l’Allemagne et fusillée. C’est l’allusion à un personnage réel et l’anachronisme que ce nom crée qui amènent le comique.

 

 

III.            La version allemande fait l’impasse sur des informations du texte source ou de l’image, ou elle n’en rend pas l’effet

 

ٱ[…]vas te faire embaumer chez les Grecs.

► [...]Gehe dahin, wo der Pfeffer wächst.

Il s’agit ici de la traduction d’une expression familière. L’expression initiale est « Vas te faire voir chez les Grecs ».  Dans la version française, on fait passer une allusion à l’Egypte ancienne avec « embaumer », ce qui, dans le contexte du film, donne son aspect humoristique à la réplique. La version allemande n’en a pas tenu compte et a traduit par l’expression équivalente « Gehe dahin, wo der Pfeffer wächst » (jmd. Soll hingehen wo der pfeffer wächst/jmdn. dahin wünschen wo der Pfeffer wächst (aller se faire voir).

 

ٱ Je suis médusé.

Ich bin wie von Neptun getroffen.

C’est la réplique du pirate Barbe Rousse, après que son bateau a été à nouveau détruit par les Gaulois. On peut le voir à l’écran accompagné de tout son équipage, assis sur un radeau construit avec les restes du drakkar. Cette prise de vue est une allusion à l’œuvre du peintre français Théodore Géricault, « le radeau de la Méduse », d’où la réplique. La traduction allemande de « qn est [ο reste] médusé(e) par qc », « jmd. ist durch etw. wie vor den Kopf geschlagen [ο gestoben] » ne comporte pas le mot « Méduse ». Le jeu de mots disparaît alors. Pour palier cela, le traducteur incère une allusion à la mer avec « Neptun », dieu romain de la mer. La blague est alors moins pertinente et retire son sens à la prise de vue.

 

ٱ Cette nuit j’ai fait un rêve. Je gagnais un million de sesterces et avec j’achetais une paire de chaussures, trop grandes et puis moches en plus.

Ich hatte letzte Nacht einen Traum. Ich habe eine Million Sesterces gewonnen und davon habe ich mir ein Paar Sandalen gekauft. Sie waren zu grob  und ziemlich häblich.

Ici, « chaussures » a été traduit par « Sandalen » ce qui s’adapte mieux au contexte du film. Cependant, l’information principale est difficilement compréhensible pour quelqu’un ne vivant pas en France. Il s’agit ici d’un événement qui a fait l’actualité en France.  L’ex-ministre des Affaires étrangères et ancien président du conseil constitutionnel Roland Dumas a été accusé de recel d’abus de bien sociaux. Il aurait reçu des « cadeaux » par l’intermédiaire de son ex-maîtresse,  Christine Deviers-Joncour, employée chez Elf, qu’elle payait avec l’argent de cette entreprise. Parmi ces « cadeaux » une paire de bottines Berlutti à 11 000frs. Si la traduction est fidèle au texte source (traduction littérale), elle n’est pas adaptée à un public étranger et l’effet comique a disparu.

 

ٱ Font naufrager les papillons de ma jeunesse.

► Lassen die Schmetterlinge meiner Jugend Schiffbruch erleiden

Les trois Gaulois sont sur le bateau de Numérobis et approche des côtes égyptiennes, près d’Alexandrie. Il est tard et le phare d’Alexandrie éclaire. Ne sachant pas ce que sont ces lumières, Astérix pose la question à Numérobis qui lui répond donc que ce sont les lumières du phare d’Alexandrie. A cela, Astérix ajoute sans aucune raison « Font naufrager les papillons de ma jeunesse ». C’est une allusion à Claude François et à sa chanson « Alexandrie ». La version allemande donne une traduction littérale précise, gardant l’image du naufrage des papillons « einen Schiffbruch erleiden » qui signifie échouer, subir un échec (bei jmdm./ mit etwas/in etwas/ Schiffbruch erleiden) (Schemann 1993 :707). Par contre tout l’aspect comique a disparu. Claude François n’est pas assez connu en Allemagne pour que l’allusion soit évidente. La solution aurait été de trouver les textes d’un « Schlager » allemand qui aurait lui aussi fait référence au phare d’Alexandrie. Encore faut-il que ce tube existe.

 

ٱ C’est un fameux un mât fin comme un oiseau, hissez haut.

Der berühmte Einmaster, elegant wie ein Vogel, hisst die Segel.

Après la destruction de leur premier bateau, Barbe Rousse le pirate parle de leur nouveau drakkar à son équipage. Il utilise pour cela les paroles de la chanson de Jacques Plante, Santiano : « C'est un fameux trois-mâts fin comme un oiseau, hissez haut Santiano ». Il modifie simplement le nombre de mâts indiqués dans le texte. Le voilier de la chanson a trois mâts et son drakkar n’en a qu’un. Ce cas est identique au précédent. La traduction est fidèle au texte source (traduction littérale) mais la version de cette chanson interprétée par Hugues Auffray, si elle est connue en France, n’a pas été distribuée en Allemagne et empêche le spectateur allemand d’y voir un trait d’humour.

 

ٱ Je voudrais quand même pas que Cléopâtre m’ait dans le nez, qu’elle a joli d’ailleurs.

Cleopatra solle mir doch nicht böse sein, bei dieser schönen Nase.

Il s’agit de la réplique de César soliloquant, après une dispute avec Cléopâtre. Le texte source utilise l’expression « avoir qn dans le nez » et amène aussitôt le spectateur à penser à celui de Cléopâtre, dont la réputation n’est plus à faire. Dans la version allemande, une traduction littérale n’aurait aucun sens et l’utilisation de l’expression équivalente aurait de toute manière fait disparaître l’allusion au nez:  « gegen jmdn. Groll hegen (gehoben) » ou encore « einen Pik auf jmdn. haben ».

 

ٱ Moi j’ai la dalle.

Ich habe Hunger.

Obélix porte sur son dos une dalle de pierre sur laquelle le profil de Panoramix a été sculpté. Astérix demande à Obélix comment il va. N’ayant comme seul problème sa faim chronique, il répond qu’il a la dalle. En argot, la dalle définit la gorge, le gosier, et par métonymie, on obtient l’expression  « avoir la dalle ». L’utilisation de cette expression n’est bien entendu pas une coïncidence. Cela fait allusion à la dalle de pierre que porte Obélix. C’est bel et bien lui qui a la dalle (sens propre et figuré). La version allemande fait disparaître le travail caméraman/scénariste en retirant l’allusion à cette dalle de pierre : « Ich habe Hunger » (J’ai faim). Les autres traductions même plus métaphoriques pour exprimer la faim comme « einen Bärenhunger haben » ou encore « am Hungertuch haben » ne peuvent rendre la blague.

 

ٱ […]une farandole d’os.

[...]ein Berg von Knochen

Obélix est perdu dans une pyramide. Il promet une farandole d’os à son chien Idéfix s’il parvient à retrouver la sortie. Une fois en dehors de la pyramide, Obélix s’émerveille que son chien comprenne tout. Au même moment, une farandole d’os en image de synthèse apparaît autour d’Idéfix pour illustrer ses pensées. La réplique allemande retire la correspondance image-son, utilisant « Berg »  (montagne) au lieu de « die Farandole ». Le choix de Berg plutôt que Farandole a sûrement été conditionné par le fait que le mot « die Farandole » soit très peu usité, voir même inconnu des Germanophones. Il n’apparaît d ‘ailleurs pas dans les dictionnaires unilingues (uniquement dans les dictionnaires bilingues). On peu également se demander pourquoi la réplique française n’a pas été « une montagne d’os » au lieu de « une farandole », l’hyperbole de la montagne étant plus encrée dans la langue parler.

 

ٱ Petitbonum

Kleinbonum 

On a ici le cas d’une traduction presque littérale qui a fait disparaître le jeu de mots créé dans ce nom propre par la combinaison de « petit » et de « bonum ». Dans ce film, les noms propres romains se terminent tous par le suffixe « -um », spécifique au latin. L’humour est créé par la similitude phonétique de « bonum » [bonum] et de « bonhomme » [bonom]. Donc, cette combinaison se lit en français « petit bonhomme » et veut dire « petit garçon ». Petit a bien été traduit par « klein » mais « bonum » n’a pas de sens particulier en allemand, ce qui ne donne à leur association aucun sens particulier.  

 

ٱ C’est une tradition chez nous, c’est la Gaule.

Das gehört bei uns zur Tradition, so ist es in Gallien.

On a ici une traduction littérale du texte français. Il semble tout de même plus intéressant de noter le jeu de mot certainement manquant. En effet, cette réplique est celle de Christian Clavier jouant le rôle d’Astérix lors d’une scène où il tente de séduire une courtisane de Cléopâtre. Cette réplique venant clôturer le film, on peut imaginer qu’Alain Chabat se sera permis de faire allusion à la connotation sexuelle, dans un registre très familier, du mot « gaule » (avoir la gaule).

 

IV.            La version allemande ajoute des informations au texte source

 

ٱ Bonjour.

Mahlzeit.

Numérobis a été projeté sur le carrelage du palais par les gardes de Cléopâtre. Il entame une longue glissade en direction de la reine et glisse à côté d’Amonbofils, architecte royal. Celui-ci est en train de nourrir les crocodiles « domestiques » de Cléopâtre avec des grenouilles qu’il porte dans un sceau. Dans la version française, Numérobis salut simplement Amonbofils en lui disant bonjour. La version allemande utilise les informations visuelles pour changer le texte. Amonbofils tient le sceau de grenouilles devant lui et Numérobis lui souhaite alors un bon appétit avec « Mahlzeit ». C’est ici un comique de situation, le quiproquo de Numérobis et le registre de langue qu’il utilise surprennent le spectateur. La scène se déroule dans le palais et « Mahlzeit » est une expression familière pour dire bon appétit. Il est de toute manière absurde que quelqu’un puisse croire que l’architecte royal mange ainsi des grenouilles.

Cependant, la présence de « Mahlzeit » peut être interprétée autrement. Puisque le scénariste a parsemé son film d’allusions, on peut imaginer que le traducteur ait fait la même chose. Il pourrait dans ce cas s’être référé à une bande dessinée très connue en Allemagne appelée « Kleines Arschloch ». Le personnage principal salut toujours en disant « Mahlzeit ».  

 

ٱ(« Istou » en arrière plan)

   -Istou ? 

   -Oui, ça doit vouloir dire avance.

(Istou)

   -Ibt Du ?

                                        - Nein, ich habe keinen Hunger.

La scène se passe sur le chantier du palais. Des ouvriers sont à l’œuvre et les gardiens les fouettent pour les faire travailler plus vite. En fouettant, ils crient quelque chose qui phonétiquement s’écrit [istu]. Obélix demande ce que cela signifie et Astérix répond que cela doit vouloir dire « avance ».

Dans la version allemande, le traducteur a utilisé le fait que « istou » soit phonétiquement très proche de « Ibt Du ? ». En disant « Ibt Du » (Manges-tu ?), Obélix fait un quiproquo, ce qui amène la réponse d’Astérix : « Nein, ich habe keinen Hunger. »

Cette initiative du traducteur enrichit la traduction et accentue l’aspect humoristique

 

V.              Cas où la synchronisation allemande ne semble pas appropriée

 

ٱ Il y avait un éclair là ou quoi ?
Je t’avais dis que j’avais vu un éclair, je suis pas fou !

Was es gerade ein Blitz oder was ?

 Das war ein Erdbeben oder so !

Obélix, après avoir cassé le nez du sphinx, décide de le cacher en dessous. Il lève donc le sphinx, Astérix boit de la potion magique et jette le nez au-dessous. Obélix lâche alors le sphinx qui en touchant le sol, émet un bruit sourd et fait trembler le sol. Quand un des personnages boit de la potion, un éclair jaillit de son corps. La première réplique est celle d’un marchand de souvenir à son collègue dont l’étalage est à proximité du sphinx et qui a vu l’éclair sans voir Astérix. La deuxième est due, dans la version française, au bruit sourd de la chute du sphinx, semblable au bruit du tonnerre. Dans la version allemande, le personnage parle du tremblement. Même s’il y a un tremblement auquel on pourrait faire référence, cette version fait disparaître le lien entre les deux répliques (éclair/tonnerre). De plus, un tremblement de terre n’implique aucun éclair. Cette liberté trahit l’intention du scénariste. Si certaines tentatives sont les bienvenues dans une traduction, d’autres dénaturent l’œuvre et sont à éviter à tout prix.

 

ٱ Il fait au moins -8000°c.

Ich wollt’ ich wäre in Ägypten, wo jeder Fremd ein Freund ist

Numérobis arrive en hiver en Gaule. Pétrifié par le froid, il se plaint de ce temps. Une traduction littérale aurait eu le même effet en allemand: « Es ist mindestens 8000°C kalt». L’hyperbole aurait été identique et tout à fait acceptable en allemand. La traduction est très éloignée du texte source : « Ich wollt’ ich wäre in Ägypten, wo jeder Fremd ein Freund ist » (Je voudrais être en Egypte où chaque étranger est un ami.). Même si la formule fait passer le désarroi de Numérobis, elle n’était pas nécessaire, n’est pas fidèle au texte source et est bien trop longue. Elle ne s’adapte pas au mouvement de bouche de Numérobis.

 

ٱ Antivirus

Antivirus

Un anti-virus se traduit en allemand par « das Antivirenprogramm ». Le mot anti-virus n’est pas dans les dictionnaires unilingues.

 

Conclusion

 

Toutes les répliques de ce film qui génèrent le comique n’ont pas pu être traitées au cours de ce travail, tant elles sont nombreuses. On peut s’apercevoir que les répliques traduites littéralement ne font pas d’allusions particulières. Elles ne se réfèrent presque jamais à des événements trop peu connus, ce qui limiterait considérablement le nombre de spectateurs susceptibles de les comprendre. La traduction littérale implique souvent une altération du sens. L’extrait de la tirade

du nez de Cyrano de Bergerac et les blagues qui y sont liées ont été rendues possible grâce à la notoriété internationale de ce film et de Gérard Depardieu mais l’allusion aux bottines de Roland Dumas nécessite de suivre l’actualité française et n’aurait pas dû être traduite littéralement. Les répliques reformulées de façon idiomatique sont les plus fréquentes. Les allusions, idiomes et jeux de mots relatifs à la France sont bien souvent intraduisibles. Par exemple, la traduction d’Itinéris ou encore l’utilisation des noms gaulois de la bande dessinée « Astérix et Obélix, qui  forment presque toujours des jeux de mots nécessitent une réinterprétation et une reformulation. Il est pour cela indispensable d’avoir une très bonne connaissance de la langue et de la culture des pays concernés. La capacité d’adaptation est une des qualités premières pour mener à bien une synchronisation, en particulier dans une comédie. C’est à travers ce processus qu’on voit la qualité de la synchronisation. Il arrive que ces réinterprétations altèrent le sens du texte source. On a pu voir dans la réplique faisant allusion à la dalle portée par Obélix que les variables de cette blague sont trop importantes pour être toutes retranscrites. Il fallait alors faire correspondre une expression figée et le sens figuré du mot « dalle » avec l’image d’Obélix. Certaines libertés ont été prises par le traducteur pour alimenter cette comédie. Des blagues supplémentaires peuvent parfois être insérées, comme on l’a vu pour « Mahlzeit » ou « Istou ». Cela reste cependant une prise de risque qui peut soit affiner une synchronisation, soit changer radicalement le sens d’une scène et trahir l’intention du scénariste, portant ainsi préjudice au film. Cette comédie, comme on a pu le voir, a fait du texte son fer de lance compliquant considérablement le travail du traducteur. Si on se fie maintenant aux nombres d’entrées en salle, aux critiques cinématographiques et aux échos divers que ce film a générés en Allemagne, il me semble pouvoir dire qu’il a été apprécié et que la synchronisation y est pour quelque chose.   

Il ne faut pourtant pas oublier qu’une synchronisation ne peut retranscrire l’intégralité d’un scripte et toute l’intention du scénariste et du réalisateur. Elle ampute surtout le film de l’intonation des acteurs qui vivent les scènes. Je terminerai sur les mots d’un réalisateur et acteur français, qui en l’occurrence, ne les mâche pas…

 

« Abandonnez les salles où passent les films doublés: de tristes monstres vous y attendent, prêts à jaillir du haut-parleur, de derrière l'écran entre les lèvres des acteurs étrangers que vous aimez. Vous voudriez entendre leur vraie voix, mais vous n'entendez que la voix dérisoire et fausse des doubleurs, introduite en contrebande par les ennemis du cinéma.»  (Jacques Becker)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Littérature 

 

·       Bárdosi Vilmos/ Ettinger Stefan/ Stölting Cécile. Redewendungen Französisch-Deutsch. Thematisches Wörter- und Übungsbuch. A. Francke Verlag Tübingen und Basel. 1998

·       Beyer Horst und Annelies. Sprichwörter Lexikon. Sprichwörter und sprichwörtliche Ausdrücke aus deutschen Sammlungen vom 16. Jahrhundert bis zur Gegenwart. Verlag C.H. Beck München. 1985

·       Harrap’s Universal. Dictionnaire Français-Allemand/Allemand-Français. Ernst Klett Verlag, Stuttgart. 1999

·       Hessky Regina; Ettinger Stefan. Deutsche Redewendungen. Ein Wörter- und Übungsbuch für Fortgeschrittene. Tübingen: Narr, 1997

·       Le Maxidico. Dictionnaire encyclopédique de la langue française. Editions de la connaissance. 1996

·       Rey Alain/ Chantreau Sophie. Dictionnaire des expressions et locutions. Dictionnaire Le Robert. 1997

·       Schemann Hans. Deutsche Idiomatik. Die deutschen Redewendungen im Kontext. Ernst Klett Verlag für Wissen und Bildung. Stuttgart-Dresden. 1993

·       Wahrig . Deutsches Wörterbuch. Bertelsmann Lexikon Verlag, 1997

 



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