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Francopolis: Langues régionales ou minoritaires
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Langues régionales ou minoritaires
Xavier Bihan
Brièvement: Le président de la République considère que l'on peut parfaitement reconnaître aux langues régionales leur place dans le patrimoine culturel sans qu'il soit nécessaire de modifier notre constitution et sans remettre en cause l'unité de la nation ...

Langues régionales ou minoritaires


Langues régionales ou minoritaires

Au fil de nos rendez-vous, vous aurez peut-être remarqué que la défense de la langue française est un thème récurrent qui marque l'actualité de ces dernières années. Point de retour, cette fois, sur des questions brûlantes restées en suspens telles que les anglicismes, les néologismes et la féminisation. Non, à l'heure où les pays de la Francophonie soucieux, à l'orée du troisième millénaire, de donner à la Francophonie politique tout son poids sur la scène internationale, de rationaliser et amplifier la coopération économique dans l'espace francophone et de renforcer le français comme langue internationale, se réunissaient au sommet de Moncton (voir fsu 4/99), l'opinion publique française s'entre-déchirait sur la question de la nécessité d'une réforme de la Constitution pour permettre la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Cette Charte, signée le 7 mai 1999 par le gouvernement français, qui a retenu 39 articles sur les 98 proposés, a été jugée, le 15 juin, par le Conseil Constitutionnel comme portant «atteinte aux principes constitutionnels d'indivisibilité de la République, d'égalité devant la loi et d'unicité du peuple français». S'en suivait, le 24 juin, une fin de non-recevoir pour la demande de réforme constitutionnelle faite par le Premier Ministre au Président de la République. Le feu était mis aux poudres... et tout un chacun de se lancer dans une polémique bien orchestrée par les hommes politiques, heureux d'avoir trouvé là un sujet déchaînant les passions et ne compromettant pas leur avenir politique. Une fois de plus la France se trouve divisée en deux camps: d'un côté les opposants à la Charte dont l'application, selon Jean Pierre Chevènement (ministre de l'intérieur), reviendrait «à balkaniser la France» , de l'autre les défenseurs de la diversité et pluralité linguistique accusant ses détracteurs de «Jacobinisme frileux» . Les grands mots sont lâchés et chacun se doit alors de mettre son petit grain de sel dans un débat qui n'en est pas un. Il est en effet symptomatique de constater le peu de virulence que les principaux protagonistes, Jacques Chirac et Lionel Jospin, ayant clairement marqué leurs positions, montrent à les défendre. Le premier ministre, avant même le communiqué de l'Élysée, déclarait qu'il avait été au bout de sa logique et que «s'il y a refus, il y aura eu demande» . Le président se contentant d'un communiqué dans lequel il précise qu'il «ne souhaite pas prendre l'initiative d'une révision constitutionnelle qui porterait atteinte aux principes fondamentaux de la République. Cependant, le président de la République considère que l'on peut parfaitement reconnaître aux langues régionales leur place dans le patrimoine culturel sans qu'il soit nécessaire de modifier notre constitution et sans remettre en cause l'unité de la nation ».

Plutôt que de nous engager, nous aussi, dans une polémique stérile où chacun campe sur ses positions en refusant d'admettre que l'ampleur démesurée donnée à cette affaire ne saurait cacher la pauvreté du débat politique sur les questions essentielles pour l'avenir du pays, il serait bon de se pencher sur cette Charte européenne des langues régionales ou minoritaires . Quelques définitions issues de cette Charte vont nous permettre de nous faire une idée plus précise de la question.

Au sens de la Charte, on entend par l'expression «langues régionales ou minoritaires» , les langues:
pratiquées traditionnellement sur un territoire d'un État par des ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l'État; et différentes de la (des) langue(s) officielle(s) de cet État; elle n'inclut ni les dialectes de la (des) langue(s) officielle(s) de l'État ni les langues des migrants;

par territoire dans lequel une langue régionale ou minoritaire est pratiquée , on entend l'aire géographique dans laquelle cette langue est le mode d'expression d'un nombre de personnes justifiant l'adoption des différentes mesures de protection et de promotion prévues par la Charte;

et par langues dépourvues de territoire , on entend les langues pratiquées par des ressortissants de l'État qui sont différentes de la (des) langue(s) pratiquée(s) par le reste de la population de l'État, mais qui, bien que traditionnellement pratiquées sur le territoire de l'État, ne peuvent pas être rattachées à une aire géographique particulière de celui-ci.

La charte n'étant pas accompagnée d'une liste de langues, le Ministre de l'Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie et Madame le Ministre de la Culture et de la Communication ont demandé au professeur Bernard Cerquiglini , Directeur de l'Institut National de la Langue Française (C.N.R.S) d'établir un rapport proposant une liste de langues pour être présentées par le gouvernement lors de la ratification de la charte par le Parlement. Ce rapport permet de comprendre pourquoi, depuis sa publication, le Président de la République qui avait donné à Pierre Moscovici, ministre délégué aux affaires européennes, un blanc-seing officiel pour signer la Charte au nom de la France opère un retournement de situation en saisissant le Conseil Constitutionnel puis en refusant la ratification, et pourquoi le Premier Ministre n'insiste pas pour obtenir gain de cause. Le nombre de langues retenues est certainement un élément qui a dû faire réfléchir d'un côté comme de l'autre, surtout lorsque l'on sait que les pays européens qui ont retenu le plus grand nombre de langues régionales ou minoritaires sont l'Allemagne (sept : danois, haut sorabe, bas sorabe, frison septentrional, frison satera, bas allemand, rom) et la Croatie (sept : italien, serbe, hongrois, tchèque, slovaque, slovène, ukrainien). Qui aurait alors pu supposer que la France se verrait dans la quasi obligation de reconnaître 75 langues sur son territoire? Un chiffre qui donne le vertige si l'on envisage une application non restrictive de la charte. Les subits silences de la cohabitation sont probablement dus à un quiproquo qui leur a fait faire l'amalgame langue régionale/langue minoritaire. La presse et les médias qui se sont presque exclusivement focalisés sur les langues régionales en sont un indice révélateur. Dans l'inconscient collectif (métropolitain), les langues régionales se résument:

à l'alsacien (1 million de locuteurs)
au basque (100 000)
au breton (800 000)
au catalan (260 000)
au corse (85 000)
à l'occitan (7 millions).

Liste incomplète puisqu'elle omet les langues d'oïl aujourd'hui pratiquement disparues (le franc-comtois, le wallon, le picard, le normand, le gallo, le poitevin-saintongeais, le bourguignon-morviandau, le lorrain), ainsi que le flamand occidental, le francoprovençal et les langues des départements d'outre-mer (54 au total).
Totalement occultées des discussions ont été les langues minoritaires dites dépourvues de territoire (berbère, arabe dialectal, yiddish, romani chib, arménien occidental) qui sont l'héritage du code de la nationalité français qui veut que le droit du sol s'applique sur l'ensemble du territoire et que donc dès la seconde génération, les enfants nés de l'immigration sont citoyens français. La pratique assidue de la langue de leurs parents tend à en faire une langue minoritaire à condition qu'elle ne soit pas déjà enseignée comme langue vivante étrangère, dans le secondaire et le supérieur c'est la raison pour laquelle l'italien, le portugais, le polonais, le chinois... n'ont pas été retenues ou à condition qu'elle soit menacée de disparition. Or, étant donné le nombre de ressortissants français issus d'Afrique du Nord on est en droit de se demander si les responsables politiques français n'ont pas eu des sueurs froides à l'idée de signer une charte qui ferait probablement de l'arabe dialectal la première langue française après le français. À ce titre, l'État se verrait obligé, conformément à l'article 7(d) et (f) de la partie II de la Charte, de faciliter et/ou encourager son usage oral et écrit dans la vie publique et dans la vie privée; et devrait mettre à disposition les formes et les moyens adéquats de son enseignement et de son étude à tous les stades appropriés. Sujet délicat qui, à deux ans des élections présidentielles, rouvrirait des dossiers brûlants tels que ceux des banlieues et de l'intégration.

Il serait peut-être bon de rappeler ici l'existence de la loi Deixonne relative à l'enseignement des langues et dialectes locaux, votée par le Parlement le 11 janvier 1951. Elle a pour objet leur enseignement et, à l'origine, était limitée à quatre zones d'influence, celles du breton, du basque, du catalan, et de l'occitan. Depuis, les dispositions de la loi ont été étendues au corse, au tahitien et aux langues mélanésiennes. Comme le fait remarquer Bernard Cerquiglini, «pour ce qui est de l'Éducation nationale, la loi Deixonne, et les possibilités offertes depuis, constituent un excellent cadre de travail. Il conviendrait sans doute de réactualiser le dispositif, dès lors que certaines langues posent des questions nouvelles à l'intégration, dont l'enjeu reste fondamental» .

Je vous propose donc de faire un tour d'horizon de l'état actuel de l'enseignement des langues régionales en France. À ce sujet la Bibliothèque Publique de l'Information a organisé , le 30 janvier 1999, un grand débat sur la question des langues régionales qui nous apporte de précieux renseignements sur la situation de l'enseignement de l'occitan, du breton, du corse et du basque. Il ne faudrait pas croire, après la décision du Conseil Constitutionnel que les langues régionales sont condamnées et vouées à disparaître faute de diffusion et d'enseignement. Les communautés linguistiques minoritaires régionales n'ont pas attendu que le sujet devienne à la mode pour intervenir et ont créé leurs propres écoles. Il n'y a donc pas péril en la demeure: la Charte leur aurait quand même bien simplifié la vie en leur apportant des moyens financiers plus importants et en leur permettant d'obtenir un statut public. Pour ce qui est de leur diffusion, ces langues ont déjà investi le web avec des sites de qualité.

Ainsi le breton, la dernière langue celte du continent, est loin d'être sous-représenté et montre un dynamisme que bien d'autres devraient lui envier. Commençons donc notre sélection du web bretonnant par Diwan l'école associative assurant aux enfants une éducation en langue bretonne. L'enseignement dans les écoles Diwan est exclusivement en breton jusqu'au CE1 où le français est alors introduit. Il existe une trentaine d'établissements qui vont de l'école maternelle jusqu'au lycée comptabilisant un nombre de 2000 élèves.
L'enseignement du breton ne se limite pas aux écoles associatives, des sections de classes bilingues ont été créés dans les écoles publiques et dans les écoles privées confessionnelles ce qui porte à 22 000 le nombre d'apprenants dans les établissements scolaires. Face à une telle demande, le problème de la création de matériel pédagogique de qualité, en langue bretonne, n'a pas tardé à se poser. Le CRDP, le Rectorat d'académie de Rennes et la région Bretagne ont mis en place TES avec pour objectif d'élaborer, éditer, diffuser des documents et de ce fait contribuer au développement de productions pédagogiques en langue bretonne.
L'école de Saint-Rivoal vous présente un bel exemple de ce que peut produire l'enseignement en breton.
Un lexique français-breton, breton-français ou bien un lexique allemand-breton, breton-allemand vous seront fort utiles si vous désirez effectuer une immersion complète dans le web bretonnant.
Pour ce faire le petit dernier des moteurs de recherche bretons Breizhoo devrait vous donner entière satisfaction, sinon vous pourrez toujours vous rabattre sur Breizh.net . .

L'occitan a également ses écoles associatives: les Calandretas qui ont fêté cette année leur vingtième anniversaire. Le 3 janvier 1980 ouvrait la première école à Pau, elle comptait 5 élèves. Aujourd'hui les Calandretas sont au nombre de 31 et ont 1522 enfants sous leur responsabilité. Pari réussi donc puisque le projet va être étendu à l'Italie.
Provence web nous fournit un petit lexique touristique français-occitan-provençal qui va nous permettre de faire nos premiers pas dans l'apprentissage de cette langue. Les plus expérimentés préféreront celui plus complet du GIDILOC .
L'Occitània Virtuala vous fera découvrir le territoire de cette langue qui occupe plus de la moitié de la France et va au-delà de ses frontières.

Les parents désireux de scolariser leurs enfants en catalan sur le sol français font appel à La Bressola qui, comme ses homologues Calandreta et Diwan, est une école associative prônant le principe de l'immersion linguistique.
Grâce au moteur de recherche Lincaweb vous pourrez poursuivre votre prospection sur tout le territoire catalan, c'est à dire majoritairement en Espagne. Pour une recherche plus ciblée sur le nord de la Catalogne, Catnord est un outil au service de la pan-catalanité vous faisant découvrir l'actualité, les associations, les Castells, la musique, la poésie, les luttes, les livres... des catalans.

La Corse, elle, s'est très rapidement démarquée dans sa politique d'enseignement de sa langue. Au lieu de laisser cet enseignement aux soins d'écoles associatives, un service autonome a été créé au sein du Rectorat opposant ainsi à la spécialisation des autres régions de France un modèle de généralisation possible grâce à un engagement important de l'État. C'est donc l'Académie de Corse qui nous fait part de la situation de l'enseignement sur l'île de beauté. Je vous recommande tout particulièrement de vous rendre à la rubrique consacrée à la langue corse qui vous propose notamment des banques de données lexicales ethnotextuelles sonores .

Les origines de la langue basque restent encore mystérieuses. La langue basque nous apporte néanmoins quelques précisions sur la question. L'enseignement en langue basque est assuré par les écoles Seaska qui sont au nombre de 19 écoles et 2 collèges. Egunkaria nous retrace l'histoire de la presse en "euskara", la langue basque.

Vous comprendrez bien que l'on ne puisse pas faire, ici, un cyber-inventaire des 75 langues régionales et minoritaires françaises, mais j'aimerais quand même terminer par l'alsacien qui avec un million de locuteurs est une des langues régionales les plus parlées de l'hexagone. Alsannuaire répertorie plus de 4000 adresses alsacienne: S'ganze Bsass ufm netz! Mais si vous voulez directement un site consacré à la langue alsacienne Le Dialecte Alsacien est un passage obligé qui vous prouvera que cette langue est bien vivante et en phase avec son temps comme l'expression "assédickfeyatzer" (trad. littérale: d&ea


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