Notre société est en pleine mutation. De révolutions culturelles en évolutions technologiques, les barrières de toutes sortes semblent devoir être repoussées, franchies, voire supprimées. Il en va ainsi des barrières linguistiques qui sous l'influence de l'européanisation et de la globalisation -- pardon, de la mondialisation -- connaissent une métamorphose rarement vue à l'échelon planétaire .
Pour celui qui veut être à la page et suivre ce rythme endiablé , la tentation est grande d'avoir recours à l'anglais qui semble s'être définitivement imposé comme langue internationale par excellence. En 1994, le ministre de la culture d'alors, M. Jacques Toubon, prévoit un dispositif de contrôle et de sanctions visant à prohiber l'usage de termes étrangers ayant un équivalent français. La loi, maladroite, très rapidement fut partiellement censurée par le Conseil Constitutionnel . Ce qui est apparu à beaucoup comme une entrave à la libre communication des pensées et des opinions proclamée par la déclaration des droits de l'homme de 1789 n'était en fait qu'un cri d'alarme poussé par un irréductible décidé à résister encore et toujours à l'envahisseur (anglo-saxon) espérant ainsi pouvoir préserver le patrimoine culturel de son peuple. Aujourd'hui, à en croire les déclarations de Claude Allègre ministre de l'éducation, il semble que ce combat soit devenu bien dérisoire. À l'occasion de l'université d'été du Parti socialiste, il affirmait: Il ne faut pas compter l'anglais comme une langue étrangère, il faut cesser de parler de cette lutte contre l'anglais, c'est quelque chose de complètement obsolète.
Il faut bien reconnaître qu'après le fameux cédérom de l'Académie française de juin 96, la dernière trouvaille des éminents membres de la commission de terminologie et de néologie: le mél , ne va pas apporter à la langue française la crédibilité dont elle a besoin dans cette bataille qu'elle a décidé de livrer. Eh oui, mél n'est rien d'autre que la version française de e-mail . Bien sûr ces messieurs se défendent de l'accusation de plagiat en affirmant qu'il ne s'agit pas d'une imitation phonétique du terme anglais! Tout comme tél. est l'abréviation de téléphone mél. est la formule contractée de messagerie électronique ,contraction qui lui permet de contenir sur une carte de visite. N'aurait-il pas été plus simple de suivre l'exemple de l'Office de la langue française (du Québec) qui a reconnu le québécisme courriel ? N'en déplaise aux immortels, courriel est bien plus joli, efficace et familier qu'un anglicisme francisé grâce à un accent qui a la fâcheuse habitude de disparaître dès qu'il se hasarde sur le réseau.
Heureusement, il n'y a pas que des dissensions entre l'Académie Française et l'Office de la Langue Française qui sont finalement tombés d'accord sur les trois définitions suivantes concernant l' e-mail :

Adresse électronique:
Désignation qui permet l'identification d'un utilisateur du courrier électronique et l'acheminement des messages qui lui sont destinés. (Les informaticiens, eux, emploient l'abréviation BAL de Boîte Aux Lettres qui n'est donc pas reconnue officiellement)

Courrier électronique:
Service qui permet la saisie, la consultation différée et la transmission, sur des ordinateurs connectés en réseau, de documents informatisés, ou messages électroniques. (Il s'agit donc du média)

Message électronique:
Document saisi, consulté ou transmis au moyen du courrier électronique. Le message électronique peut être constitué par un texte ou une suite de sons ou d'images.

Ces termes permettent de faire la différence entre le médium (le courrier électronique) et le texte (le message électronique) alors que la terminologie anglophone doit se contenter du vocable e-mail .

S'il semble bien hypothétique que cette nouvelle dénomination parvienne à s'imposer -- à l'exemple de l'emploi rarissime de cédérom -- elle n'en est pas moins révélatrice des trésors d'imagination que développent Québécois et Français pour repousser les assauts de leur rivale autocrate. Pour rester à la page, il vous faudra absolument vous brancher sur le site de l'Office de la langue française sur lequel vous pourrez, entre autres trouver le Grand Dictionnaire Terminologique un vaste dictionnaire technique bilingue contenant, excusez du peu, plus de 3 millions de termes techniques français et anglais dans plus de 200 domaines différents! Son seul défaut, et pas des moindres, est d'être payant. Qu'à cela ne tienne, Le Vocabulaire d'Internet fera amplement l'affaire et lui, par contre, est gratuit. Très complet, précis, détaillé, il vous permettra d'éviter la plupart des anglicismes inutiles. Du côté de la France Le jargon français est le site incontournable pour connaître toutes les définitions (6 170) du charabia informatique. Le ministère de la Culture a également mis en ligne son lexique des néologismes Internet . .

Apports de la francophonie et des langues régionales

Comme on vient de le voir, les Québécois et les Français ne sont pas toujours d'accord sur le plan lexical. Ceux qui s'intéressent de près à l'ensemble de la francophonie n'auront pas manqué de constater que les divergences linguistiques ne sont pas l'apanage de ces deux seuls pays. De la Guinée à la Belgique, en passant par le Vietnam et bien d'autres pays, la langue française, tel un caméléon, se métamorphose pour se fondre dans le décor ambiant. Cette diversité que l'on rencontre d'un pays à l'autre lui donne de multiples couleurs, parfums, saveurs, chaleurs... Au sein de cette communauté il n'est point question de rivalité mais de partage des richesses. C'est bien ce que ce sont dit l'Aupelf-Uref (Agence francophone pour l'enseignement supérieur et la recherche) et les éditions Hachette lorsqu'elles ont décidé de regrouper leur savoir pour créer le Dictionnaire universel francophone qui est désormais consultable en ligne. L'objectif déclaré est de présenter sur un pied d'égalité, le français dit "standard" et les mots et expressions du français tel qu'on le parle sur les cinq continents . Le résultat est probant même si seuls les noms communs sont accessibles. À chaque mot vous trouverez les différentes significations et usages dans les pays de la francophonie. L'utilisation à foison des liens hypertextes vous fera voyager de définition en définition et de pays en pays sans le moindre contrôle douanier.
Ce tour d'horizon de la langue française ne serait pas complet sans prendre en compte les disparités régionales au sein de l'hexagone. La liste épiglottis a été conçue pour permettre l'échange des informations sur les sujets concernant les langues régionales et/ou minorées. Une adresse indispensable pour prendre conscience de la diversité des patois qui nous permettent de retrouver les multiples influences linguistiques auquel le français a été et est encore soumis.

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